Pourquoi un lexique.

Selon l’Insee, parmi les entreprises de 10 salariés ou plus qui n’utilisent pas l’IA, 71 % n’en voient pas l’utilité et 54 % évoquent un manque d’expertise. Les deux ont souvent la même cause : les mots. Quand tout s’appelle « IA », on ne voit ni à quoi ça sert, ni par où commencer, ni ce qu’on achète.

Voici les quatre mots qui reviennent, ce qu’ils veulent dire, et un exemple dans une entreprise de dix personnes. Disons un bureau d’études ; remplacez par le vôtre, les mots ne changent pas.

Sources Insee Première n° 2120

Le modèle d’IA.

C’est le moteur : le programme qui lit un texte et en produit un autre. Il connaît le monde en général et rien de votre entreprise. Il se loue, par abonnement ou à l’usage, chez un éditeur, et il se change.

Exemple : le bureau d’études colle un rapport dans un assistant grand public et demande un résumé. Le résumé est correct. Puis il demande « est-ce conforme à notre trame ? ». Le modèle ne connaît pas la trame ; il répond quand même, avec assurance.

Avant : rien. C’est la seule brique qui s’achète sans préparation, et c’est pour cela qu’elle déçoit.

L’assistant.

Un assistant, c’est un modèle branché sur vos dossiers, avec une consigne et un périmètre. Il répond à partir de ce que vous savez déjà, en citant la source. Il a un nom et une fiche d’une page : ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas, qui relit.

Exemple : « Trame », l’assistant du bureau d’études, lit les trames de rapport et les projets terminés. On lui demande un rapport pour le projet en cours : il assemble, cite les hypothèses du dossier, laisse en suspens ce qu’il ne trouve pas. L’ingénieur relit et signe.

Avant : le savoir rangé. Un assistant branché sur un dossier vide est un modèle grand public avec un nom.

L’agent.

Un agent, c’est un assistant qui enchaîne des actions : chercher, rédiger, créer une tâche, préparer un envoi, sans qu’on lui demande chaque étape. Le mot est à la mode, et il faut s’en méfier un peu : chaque action en plus est une relecture en moins.

Exemple : l’agent du bureau d’études reçoit le compte rendu dicté, le range dans le modèle, crée les actions dans le suivi de projet et prépare le mail au client. Il ne l’envoie pas. L’envoi reste un clic humain, relu.

Avant : un assistant qui marche depuis un mois, et une règle de relecture écrite. Pas avant.

L’automatisation.

Une automatisation, c’est un enchaînement fixe, sans jugement : quand ceci arrive, faire cela. Elle peut contenir de l’IA ou non. Elle est simple, rapide et fiable sur ce qu’on lui a appris, et seulement là.

Exemple : chaque soir, les notes dictées de la journée sont rangées sous le bon projet et un brouillon de compte rendu est posé dans le dossier avec un tampon « à relire ». Personne ne reçoit rien ; la personne chargée du projet relit le lendemain matin.

Avant : une tâche qui revient à l’identique, et un modèle de document stable.

La formation.

La formation, ce n’est pas apprendre l’IA. C’est apprendre à travailler avec un assistant sur vos propres dossiers : poser une question qui cite, repérer une réponse trop sûre, relire vite et bien. Deux demi-journées sur vos documents valent mieux qu’un cursus sur des exemples qui ne sont pas les vôtres.

Exemple : l’équipe du bureau d’études passe une demi-journée à poser à « Trame » les vraies questions du projet en cours, et une autre à relire des rapports préparés pour trouver ce qui cloche. À la fin, elle sait ce qu’elle peut confier et ce qu’elle doit vérifier.

Avant : un assistant qui existe. On ne forme pas une équipe à un outil qu’elle n’a pas.

Dans l’ordre, pour une entreprise de dix personnesLe savoir d’abord
  1. 01Ranger le savoir : modèles, méthodes, anciens projets, décisions, dans des fichiers lisibles.
  2. 02Un assistant, nommé, avec sa fiche d’une page.
  3. 03Une automatisation, sur la tâche qui revient à l’identique.
  4. 04La formation, sur vos dossiers, quand l’assistant existe.
  5. 05Un agent, peut-être, quand tout le reste tient depuis un mois.

Et le consultant ?

Le consultant, c’est nous, ou quelqu’un comme nous. Son travail n’est pas de vendre un des quatre mots, mais de les mettre dans le bon ordre chez vous, de ranger avec vous, et de partir en laissant des fichiers que vous possédez et une équipe qui continue sans lui.

Un bon test : si un consultant commence par l’agent, posez-lui la question du savoir rangé. S’il commence par le modèle, demandez-lui qui relit. S’il commence par ranger, vous pouvez continuer la conversation.